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BRAVO À BENOÎT CLÉMENT GAGNANT DU CONCOURS BLOGGUEUR FNC/TFO

 

 

Sur une note plus personnelle, ce dimanche 14 octobre marque la fin de ma contribution au Festival du nouveau cinéma 2012. À ce titre, j’aimerais remercier TFO et le FNC pour la formidable opportunité de partager la frénésie de cet événement. La logistique du Concours blogueur et l’accueil chaleureux de l’équipe du FNC s’ajoutent à cette chance unique qu’ont tous les aficionados du nouveau cinéma de rencontrer jeunes talents et sommités de ce domaine particulièrement créatif et en constante évolution.

Un grand merci à toutes et à tous et longue vie au Festival du nouveau cinéma.

Cessons de nous plaindre, nous avons tout…

Certes les contraintes de notre existence s’articulent autour d’une réalité particulière, d’un contexte bien précis basé sur son propre référentiel et où la comparaison n’est pertinente que si elle s’inscrit dans ce cadre de cet univers. Pourtant, même s’il est normal de comparer ce qui est comparable (des Granny Smith avec des Granny Smith), cela n’enlève rien au fait qu’il existe à travers le monde des populations défavorisées (le mot est souvent faible) et sur le dos desquelles, bien souvent, nous vivons. Trois sœurs, du réalisateur chinois Wang Bing, n’est ainsi qu’une tranche de vie pudique de trois jeunes enfants issues d’une classe paysanne chinoise parmi les plus pauvres. Tout ce qui pourrait s’apparenter aux clichés de dénuement absolu s’avère malheureusement bien réel dans ce documentaire de deux heures trente où Yingying, Zhenzhen et Fenfen travaillent, dès leur plus jeune âge, aux tâches de subsistance de leur foyer, de leur communauté. En l’absence de sa mère et d’un père parti « dans la grande ville » subvenir aux besoins de sa famille, l’aînée, placée sous la garde de son grand-père, reste au village essayant tant bien que mal de poursuivre sa scolarité. Le retour du père déchu et l’urbanisme galopant cognant aux portes des bourgades les plus reculées, concluent ce triste épisode de la vie des trois fillettes. Toujours en quête de leçons d’humilité, en voici une que nous ne manquerons pas d’oublier.

La part des anges ou le crime paierait-il?

Drôle et intelligent, le nouveau film de Ken Loach, La part des anges, est rafraîchissant en tout point. Le public du cinéma l’Impérial ne s’y est d’ailleurs pas trompé en offrant à cette comédie une salle comble. Fort d’un concept ayant maintes fois fait ses preuves – façon The Full Monty – Ken Loach réunit une joyeuse bande de petits délinquants écossais et les embarque dans un casse délirant. Aux dialogues truculents s’ajoutent des personnages clairement définis qui apportent au film un équilibre burlesque d’une redoutable efficacité. Imparable!

Aller voir La part des anges (The Angels’ Share), c’est ressortir de la salle de cinéma le sourire aux lèvres, le cœur un peu plus léger.

En rediffusion le 17 octobre à 21 h, Centre PHI, Espace B, La part des anges s’est vu décerner en 2012, le Prix du Jury du Festival de Cannes.

Tower ensoleille un dimanche pluvieux.

Il est des films qui vous mettent mal à l’aise au point de vous faire rire… jaune foncé. À 34 ans, ce Tanguy canadien, appelons-le Derek (Euh wait, that’s his real name!), perturbe par sa maladresse et par l’inadéquation de ses rapports humains dans notre société contemporaine. Pourtant, Derek ne nous laisse pas indifférents et sait même se rendre attachant à travers son amour du travail bien fait et sa passion pour l’animation. Premier film de son réalisateur Kazik Radwanski, Tower dépeint avec tendresse le mal-être d’une génération sans nom, sorte de X-Y égarée parmi les codes d’un carcan dans lequel elle ne se reconnaît pas mais où elle tente de survivre. À voir et surtout… à suivre.

Courts métrages déjantés, affres de la jetset nocturne, corps épurés à leur paroxysme, ce vendredi 12 octobre dévoile un FNC haut en couleurs, témoin de notre époque. Mêlant pornographie de bas étage et amitié fusionnelle, le coup de cœur de cette journée fut sans conteste le filmStarlet, du réalisateur Sean Baker.

Starlet

Starlet serait-il le reflet de notre société? À en croire les thèmes abordés dans ce long métrage, on pourrait facilement s’en convaincre. Noyant l’ennui de ses journées dans l’alcool et la drogue, Jane, archétype d’une jeunesse américaine désabusée, partage sa vie entre les ventes de garage qu’elle écume et les tournages de films dits « pour adulte »… Sa vie bascule lorsque dans un vieux thermos acheté d’une vieille femme aigrie par les années, Jane découvre une fortune en coupures de 100 $. L’euphorie laissera rapidement la place à la culpabilité puis à l’amitié entre deux êtres que pourtant tout séparait. Aux moments d’égarement et de profonde détresse s’ajoute enfin une chute que nulle n’aurait vu venir, comme suspendu dans le temps.

À l’évidence, cette deuxième journée du Festival du nouveau cinéma nous aura fait vivre une large palette d’émotions et de sentiments. Haine, violence, compassion et espoir se sont succédé à travers deux longs métrages choisis aujourd’hui, dans le cadre de cette sélection du 11 octobre 2012.

Les Juifs et l’argent

Au-delà d’un titre évoquant les vieux démons d’une société victime de ses propres stéréotypes se cache le drame d’une mère brisée par le deuil, d’une communauté juive blessée dans sa chair par le meurtre de l’un des siens. Ce fait divers qui marquera la France en 2006, s’avère d’emblée la trame de fond d’un documentaire qui analyse les fondements historiques des préjugés entourant les Juifs et l’argent. L’enlèvement d’Ilan Halimi, 23 ans, et le procès de ses 27 tortionnaires – le gang des barbares – mettront en évidence l’ignorance obscène et les frustrations latentes qui prédominent, encore aujourd’hui, dans les banlieues défavorisées de la grande couronne parisienne. Du réalisateur canadien Lewis Cohen, ce miroir sans tain d’une société française rongée par son passé colonialiste et par une lutte des classes vouée à l’échec ne peut que faire écho aux polémiques raciales qui ponctuent régulièrement la vie politique française et à la réforme du système de l’éducation nationale dévoilée, il y a quelques jours à peine, par le président de la république, François Hollande. Les Juifs et l’argent : à voir et surtout… à montrer.

Alphée des étoiles

De longs applaudissements et beaucoup d’émotion ont conclu la projection du documentaire Alphée des étoiles présenté, en fin d’après-midi, au Cinéplex Odéon Quartier Latin. Et pour cause, son réalisateur Hugo Latulippe, père de la petite Alphée, a accueilli devant une foule conquise les membres de sa famille, principaux protagonistes de ce formidable message d’espoir qu’est Alphée des étoiles. Atteinte d’un rare syndrome (que ses parents ne m’en voudront pas de nommer tant ils ne l’ont que trop entendu), la petite Alphée trace son chemin avec courage et détermination tout au long de ce documentaire sans pitié ni complaisance. Sous l’œil vigilant de son grand frère Colin, Alphée (alors âgée de 5 ans) vit son handicap du mieux qu’elle peut, non sans malice, malgré le regard des ahuris. C’est pourtant dans les Alpes suisses, proche de ses grands-parents maternels, qu’Alphée se révèlera et que ses parents reprendront le fol espoir de lui offrir une vie normale. Lègue bouleversant d’un père à sa fille, Alphée des étoiles n’a pas la prétention d’émouvoir ou d’interpeler, simplement celle de nous toucher par sa sincérité et par son humanité, dans ce qu’elle a de plus beau.

Benoît Clément a gagné le concours bloggeur FNC\TFO avec la critique en français de 250 à 300 mots sur le film LE QUATTRO VOLTE :

Dans une Italie intemporelle, baignée de soleil et du tintement des cloches de chèvres, se joue un drame poignant où le cycle de la vie reprendra ses droits, envers et contre tout. Fresque contemporaine qui dépeint avec humilité le quotidien d’un modeste village blotti au cœur des montagnes calabraises, Le quattro volte est le témoignage vibrant d’une époque figée dans ses traditions que ni le temps, ni les saisons ne sauront bouleverser. Tour à tour, le vieux berger, le frêle chevreau et l’arbre majestueux révèleront ainsi la beauté des hommes, celle de la nature et des coutumes ancestrales. Avec Le quattro volte, Michelangelo Frammartino réalise le tour de force de nous émouvoir en privilégiant, notamment grâce à des dialogues réduits à leur plus simple expression, une authenticité à l’état brut. À la fois mystique et troublant, ce film tourné dans des décors exceptionnels rappelle la fragilité de notre existence et la force qu’il nous faut pour survivre. Pourtant, le talent de Frammartino est loin de s’arrêter à la qualité des prises de vue et aux panoramas grandioses puisqu’à travers cette humble épopée, loin du tumulte des grandes villes, il aura su savamment mêler le destin de trois êtres ô combien vivants, ô combien différents. Gagnant du Prix de l’innovation Daniel Langlois (remis à l’occasion du Festival du nouveau cinéma), Le quattro volte est un chef d’œuvre de sensibilité qui transcende l’expression de l’art cinématographique en lui conférant une dimension épurée, empreinte d’une plénitude que l’on croyait perdue.